La question ne devrait jamais être “agile ou classique” mais plutôt “agile où, classique où”. HERMES 2022, la méthode de gestion de projet de la Confédération suisse, formalise cette logique en proposant un cadre unique qui accueille les deux approches. Le praticien n’a plus à choisir un camp: il compose sa méthode en fonction du projet.

Ce que HERMES 2022 a changé
La version précédente de la méthode, HERMES 5, proposait un modèle en cinq phases séquentielles: initialisation, conception, réalisation, introduction et clôture. Le cadre était rigide sur la séquence des phases, même si des adaptations étaient possibles via le système de scénarios.
HERMES 2022 conserve ce modèle classique mais ajoute une alternative: un modèle en trois phases (initialisation, exécution, clôture) pour les projets dont le développement se fait en mode agile. Les trois phases centrales sont remplacées par une phase d’exécution unique, découpée en releases itératifs. Chaque release livre un incrément fonctionnel et se termine par une évaluation qui permet de réorienter les priorités.
L’apport principal n’est pas d’avoir rendu HERMES “agile” au sens strict. C’est d’avoir créé un cadre de gouvernance unique qui fonctionne aussi bien pour un projet de déploiement d’infrastructure (parfaitement séquentiel) que pour le développement itératif d’une application métier.
Comment fonctionne le modèle hybride
HERMES 2022 propose deux variantes hybrides qui méritent d’être comprises dans le détail.
La première variante maintient la conception en mode classique: l’architecture de la solution, les spécifications fonctionnelles et les choix techniques sont validés avant de passer en mode agile pour la réalisation. Le déploiement reste également classique. Cette variante convient aux projets où le cadre technique doit être posé formellement avant le début du développement, ce qui est fréquent dans les contextes réglementés ou lorsque l’infrastructure doit être provisionnée en amont.
La seconde variante étend l’agilité à la conception: les spécifications se construisent itérativement avec les utilisateurs, puis la réalisation suit le même rythme. Seul le déploiement conserve une structure classique avec ses tests d’acceptation formels et sa migration planifiée. Cette variante est adaptée aux projets exploratoires où les exigences se précisent progressivement.
Dans les deux cas, l’initialisation et la clôture du projet suivent le modèle classique. Ce choix est délibéré: les décisions d’investissement, la constitution de l’équipe, le mandat d’initialisation de projet (PIA) et le bilan final requièrent un processus formel que l’agilité ne saurait remplacer.
Un rôle clé renforcé: le représentant des utilisateurs
Pour que l’approche agile fonctionne dans le cadre HERMES, un rôle a été significativement renforcé: celui du représentant des utilisateurs. Dans les projets agiles, ce rôle s’apparente au Product Owner (propriétaire du produit) de Scrum. Il est responsable de la priorisation des exigences, de l’acceptation des incréments et de la communication avec les parties prenantes métier.
Ce rôle est le pivot de l’approche hybride, car il fait le lien entre la gouvernance de projet (comité de pilotage, sponsor, jalons formels) et l’équipe de développement qui travaille en itérations courtes. Sans un représentant des utilisateurs disponible et habilité à prendre des décisions, l’approche agile dans HERMES perd son efficacité.
Tout n’a pas vocation à être agile
Un point mérite d’être souligné: HERMES 2022 ne postule nulle part que l’agilité est supérieure au mode classique. La méthode traite les deux approches avec la même rigueur et demande une justification explicite du choix pendant l’initialisation.
Certains projets n’ont aucun intérêt à fonctionner en mode agile. Le déploiement d’un ERP dans une administration cantonale, la construction d’un datacenter ou le déménagement d’une organisation suivent une logique séquentielle naturelle: les exigences sont définies, les étapes s’enchaînent dans un ordre contraint et les livrables sont prévisibles. Forcer une approche itérative dans ces contextes créerait de la complexité artificielle sans bénéfice tangible.
L’agile prend son sens quand les exigences sont incertaines, quand l’utilisateur doit voir et tester des versions intermédiaires pour affiner ses besoins, ou quand le périmètre est susceptible d’évoluer significativement en cours de route. Le développement d’une plateforme numérique ou la refonte d’un processus métier complexe en sont des exemples typiques.
La décision appartient au projet
Le choix entre classique, agile et hybride se fait projet par projet pendant la phase d’initialisation. HERMES 2022 fournit des critères objectifs pour guider cette décision: nature du livrable, stabilité des exigences, maturité de l’organisation en matière d’agilité, disponibilité du représentant des utilisateurs. Cette approche pragmatique permet à un même programme de combiner des projets classiques et des projets agiles sous un cadre de gouvernance commun, simplifiant le pilotage au niveau du portefeuille.
La documentation officielle de HERMES 2022 met à disposition l’ensemble des modèles et livrables pour chaque approche, en accès libre sur le site de la Confédération suisse.