HERMES: cinq éléments, une méthode

Les cinq éléments méthodologiques de HERMES forment un système intégré. Phases, scénarios, modules, résultats et rôles: comment ils s'articulent.

La méthode HERMES ne se résume pas à une liste de livrables ou à un enchaînement de phases. Sa force réside dans l’articulation de cinq éléments méthodologiques (Methodenelemente) qui, ensemble, forment un système de gestion de projet cohérent. Comprendre cette architecture interne permet de mieux exploiter la méthode et d’éviter l’erreur fréquente qui consiste à n’en utiliser que des fragments isolés.

Cinq éléments, un seul système

HERMES repose sur cinq composants: les phases, les scénarios, les modules, les résultats (avec leurs tâches) et les rôles. Aucun de ces éléments ne fonctionne de manière autonome. Les phases structurent le temps du projet, les scénarios déterminent le contenu méthodologique applicable, les modules regroupent les activités par thème, les résultats concrétisent le travail attendu et les rôles désignent les responsables de chaque livrable. Retirer un élément, c’est fragiliser l’ensemble.

Les phases: l’ossature temporelle

Le modèle de phases constitue ce que la documentation officielle appelle “l’épine dorsale du projet” (das Rückgrat jedes Projekts). HERMES propose deux variantes selon la nature du développement.

L’approche classique se déploie en cinq phases: initialisation, conception, réalisation, déploiement et clôture. L’approche agile en comprime trois: initialisation, exécution et clôture. Dans les deux cas, l’initialisation joue un rôle déterminant, puisque c’est elle qui établit si le projet suivra un parcours classique ou agile. La clôture, souvent négligée dans la pratique, assure la transition formelle entre l’organisation projet et l’organisation permanente.

Ce choix entre cinq et trois phases n’est pas cosmétique. Il détermine la granularité des jalons (Meilensteine), qui fonctionnent comme des portes qualité (Quality Gates) à chaque transition de phase. Un projet classique dispose de plus de points de contrôle formels, ce qui convient aux environnements à forte exigence de gouvernance, tandis qu’un projet agile réduit ces points pour favoriser l’adaptation continue pendant la phase d’exécution.

Les scénarios: la personnalisation structurée

HERMES part du principe qu’aucune méthode ne devrait s’appliquer uniformément à tous les projets. Les scénarios répondent à cette exigence en définissant, pour chaque type de projet, les modules et résultats pertinents. Un projet de transformation organisationnelle et un projet de développement de service n’activeront pas les mêmes composants méthodologiques.

Le chef de projet sélectionne le scénario approprié lors de l’initialisation. HERMES fournit des scénarios standards, mais les organisations peuvent créer leurs propres variantes. Cette possibilité de personnalisation est un atout dans les administrations publiques suisses, où les contextes institutionnels varient considérablement d’un office à l’autre.

Les modules: des blocs réutilisables

Les modules sont des composants thématiques assignés aux phases. Chaque module regroupe un ensemble de résultats et de tâches portant sur un même domaine: gestion des parties prenantes, gestion des risques ou assurance qualité, par exemple. La documentation HERMES les décrit comme des “blocs réutilisables” (wiederverwendbare Bausteine), ce qui traduit une logique de modularité.

Cette conception modulaire permet de composer un projet sur mesure sans partir de zéro. Lorsqu’un scénario active un module, il intègre automatiquement les résultats et tâches associés. Le chef de projet peut aussi ajouter des modules supplémentaires si la situation l’exige, sans contredire la structure d’ensemble.

Les résultats et les tâches: le cœur opérationnel

Au centre de HERMES se trouvent les résultats (Ergebnisse). Chaque résultat dispose d’une description formelle et d’un modèle de document. Ce sont eux qui matérialisent l’avancement du projet: un mandat de projet, une analyse des besoins ou un plan de test sont autant de résultats au sens HERMES.

Les tâches (Aufgaben) produisent ces résultats via des activités définies, chacune décrite avec sa procédure de mise en œuvre. Cette traçabilité entre tâche et résultat est ce qui donne à HERMES sa rigueur documentaire, parfois perçue comme lourde mais qui garantit une gouvernance transparente. La méthode ne prescrit que le minimum requis: les organisations ajoutent des exigences supplémentaires selon leurs propres normes.

Les rôles: qui fait quoi, à quel niveau

La gouvernance HERMES s’organise sur trois niveaux hiérarchiques distincts: le pilotage stratégique (Steuerung), la conduite opérationnelle (Führung) et l’exécution (Ausführung). Cette séparation clarifie les périmètres de décision et évite les chevauchements de responsabilités qui paralysent tant de projets.

Trois rôles sont obligatoires dans tout projet HERMES, quelle que soit sa taille. Le mandant (Auftraggeber) porte la responsabilité stratégique au niveau pilotage: c’est lui qui approuve le lancement, valide les résultats aux jalons et décide de la poursuite ou de l’arrêt du projet. Le chef de projet (Projektleiter) assure la conduite quotidienne au niveau Führung, avec une autonomie de décision réelle dans le périmètre défini par le mandant. HERMES lui confère une autorité effective, pas un simple rôle de coordinateur. Le représentant des utilisateurs (Anwendervertreter) garantit que les besoins des futurs utilisateurs sont pris en compte dans les décisions. Ce rôle, souvent sous-estimé dans d’autres méthodologies, est obligatoire dans HERMES, qui considère qu’un projet livré sans l’adhésion de ses utilisateurs manque son objectif.

Au-delà de ces trois rôles minimaux, HERMES organise les parties prenantes en trois groupes partenaires: les utilisateurs (Anwender), les réalisateurs (Ersteller) et les exploitants (Betreiber). Chaque rôle est rattaché à un ou plusieurs de ces groupes, avec une description précisant ses responsabilités, ses compétences requises et ses relations avec les autres rôles. Cette structuration par groupes permet de s’assurer que les intérêts de toutes les parties sont représentés dans l’organisation projet.

Un cadre à configurer, pas à subir

Le site officiel de HERMES propose un générateur de scénarios qui illustre concrètement cette logique d’assemblage: le praticien sélectionne un type de projet, et l’outil compose automatiquement la combinaison de modules, résultats et rôles adaptée. Cette approche reflète la philosophie de la méthode. HERMES fournit un cadre structurant avec des règles claires (trois rôles obligatoires, jalons aux transitions de phases, résultats documentés), tout en laissant une marge de personnalisation significative via les scénarios et les modules. Pour les organisations qui cherchent un équilibre entre rigueur méthodologique et adaptation au contexte, cette combinaison de contraintes minimales et de flexibilité modulaire constitue l’un des apports les plus distinctifs de la méthode suisse.