Deux méthodes structurées, deux philosophies de gouvernance projet, et pourtant un même objectif: fournir un cadre fiable pour piloter des projets complexes. HERMES et PRINCE2 comptent parmi les référentiels les plus utilisés en Suisse, mais ils ne s’adressent pas aux mêmes réalités opérationnelles.

Deux origines, deux logiques
HERMES est né dans l’Administration fédérale suisse. Refondu en profondeur en 2013, il a été conçu pour ordonner la gestion des projets informatiques, organisationnels et métier dans un contexte de gouvernance publique. Sa logique repose sur la standardisation: des phases définies, des rôles attribués, des livrables attendus à chaque jalon.
PRINCE2 (Projects IN Controlled Environments) a été développé au Royaume-Uni, d’abord pour l’administration publique britannique, avant de devenir un standard international. Sa structure repose sur sept principes, sept thèmes et sept processus qui forment un cadre intégré plutôt qu’une séquence linéaire.
La différence fondamentale tient à la philosophie: HERMES prescrit un chemin balisé avec des scénarios prédéfinis, tandis que PRINCE2 fournit un cadre que chaque organisation doit adapter à son contexte.
Structure et gouvernance
HERMES organise le projet en quatre phases successives: Initialisation, Conception, Réalisation et Déploiement. Chaque phase se termine par un jalon formel où le comité de pilotage valide la poursuite du projet. Cette linéarité offre une lisibilité remarquable pour les parties prenantes habituées aux processus administratifs.
PRINCE2 adopte une approche différente. Les phases de management sont définies par le chef de projet selon les besoins, et non imposées par la méthode. Le principe de gestion par exception permet de déléguer les décisions courantes tout en escaladant uniquement les écarts significatifs. Cette architecture favorise l’autonomie opérationnelle tout en maintenant un contrôle stratégique.
Flexibilité et adaptation
C’est sur la question de l’adaptation que les deux méthodes divergent le plus nettement. HERMES propose des scénarios modulaires: selon le type de projet (IT, organisation, métier), le chef de projet sélectionne un scénario qui prédéfinit les rôles, les livrables et les tâches. Cette approche simplifie la mise en oeuvre, mais elle suppose que le projet entre dans une catégorie identifiable dès le départ.
PRINCE2 fait du tailoring (adaptation au contexte) un principe fondamental. La méthode exige explicitement d’être ajustée à l’environnement du projet: sa taille, sa complexité, le niveau de risque et la culture organisationnelle. Cette liberté demande en contrepartie une maturité méthodologique plus élevée dans l’équipe.
Certifications: coût et reconnaissance
La certification HERMES, administrée en Suisse, reste accessible financièrement et suffit pour travailler dans l’administration fédérale ou les organisations qui l’exigent. Sa reconnaissance se limite toutefois à la Suisse et, dans une moindre mesure, à l’espace germanophone.
PRINCE2 propose un parcours en plusieurs niveaux (Foundation, Practitioner, Professional) reconnu dans plus de 150 pays. Pour un chef de projet qui envisage une carrière internationale ou travaille dans un environnement multinational, cette portée fait la différence.
Comment chaque méthode gère le changement
HERMES traite le changement comme un élément du processus: les modifications au périmètre suivent un circuit formel via le comité de pilotage. L’approche est rigoureuse mais parfois rigide face aux ajustements fréquents.
PRINCE2 intègre la gestion du changement comme un thème transversal. Chaque demande de changement est évaluée en termes d’impact sur les six objectifs de performance (coût, délai, qualité, périmètre, risque, bénéfices). Le chef de projet dispose de tolérances définies à l’avance: tant que le changement reste dans ces marges, il peut décider sans escalader. Cette vision intégrée permet des arbitrages plus nuancés.
Quel référentiel pour quel contexte
Le choix entre HERMES et PRINCE2 dépend du contexte opérationnel, pas d’un jugement sur la qualité intrinsèque des méthodes.
HERMES s’impose naturellement pour les projets liés à l’administration publique suisse, les organisations qui interagissent régulièrement avec la Confédération et les équipes qui bénéficient d’un cadre prescriptif avec des templates prêts à l’emploi. Sa force réside dans la prévisibilité.
PRINCE2 convient mieux aux environnements internationaux, aux projets de taille variable qui nécessitent une adaptation méthodologique, et aux organisations où le chef de projet dispose d’une autonomie de décision significative. Sa force réside dans l’adaptabilité.
Combiner les deux dans la pratique suisse
En Suisse, la question n’est pas toujours “HERMES ou PRINCE2” mais plutôt “quand utiliser lequel”. De nombreuses organisations appliquent HERMES pour leurs mandats publics tout en s’appuyant sur PRINCE2 pour les initiatives internationales ou les projets qui impliquent des parties prenantes hors du cadre fédéral. Certaines entreprises empruntent la structure de gouvernance par phases de HERMES et y intègrent les principes de gestion par exception de PRINCE2 pour fluidifier la prise de décision opérationnelle. Les professionnels qui maîtrisent les deux référentiels disposent d’un avantage concret: ils adaptent leur approche au contexte plutôt que de forcer un cadre unique sur des réalités différentes.