Tailoring HERMES: adapter la méthode sans la trahir

HERMES intègre un mécanisme formel de tailoring pour adapter la méthode au contexte du projet. Sizing, quatre leviers d'adaptation et gouvernance explicite.

Adapter une méthode de gestion de projet à son contexte relève du bon sens. Le faire de manière structurée, documentée et reproductible relève de la gouvernance. HERMES formalise cette démarche à travers son mécanisme de tailoring, un processus qui transforme une décision souvent implicite (“on va simplifier”) en un acte de gestion explicite et traçable.

Le problème des adaptations informelles

Dans la plupart des organisations, l’adaptation de la méthode au projet se fait de manière informelle. Le chef de projet décide, seul ou en concertation avec son équipe, quels livrables produire et lesquels ignorer. Ces décisions sont rarement documentées, jamais standardisées et impossibles à auditer. Deux projets similaires au sein de la même organisation peuvent être conduits selon des pratiques radicalement différentes sans que personne ne puisse expliquer pourquoi.

Ce manque de formalisme crée des problèmes concrets. La gouvernance perd en visibilité: le comité de pilotage ne sait pas quels garde-fous méthodologiques sont en place. La capitalisation devient difficile, car comparer les performances de projets gérés différemment n’a guère de sens. Les nouveaux chefs de projet n’ont pas de référence pour calibrer leur propre approche.

Sizing: objectiver le dimensionnement

HERMES aborde ce problème en deux temps. La première étape, le sizing (dimensionnement), consiste à caractériser le projet selon neuf critères: budget, durée, nombre de participants, importance stratégique, dépendances, pertinence politique, risque de dommages et complexité technique incluant le degré de nouveauté.

Le chef de projet positionne chaque critère sur une échelle à trois niveaux, par rapport à un projet “moyen” de son organisation. Cette référence organisationnelle est importante: un “gros” projet dans une PME et un “gros” projet dans un département fédéral ne mobilisent pas les mêmes ressources, mais le processus de calibration reste identique.

Le résultat du sizing attribue automatiquement une taille (small, medium, large) à chaque module du scénario HERMES. Un module en taille “small” contient un sous-ensemble réduit de tâches et de livrables par rapport à la version “large”. Le dimensionnement s’opère ainsi de manière systématique, pas au feeling du chef de projet.

Quatre leviers pour adapter le scénario

Le sizing produit un premier calibrage. Le tailoring permet ensuite d’affiner manuellement le scénario à travers quatre leviers complémentaires.

Le premier consiste à retirer des modules entiers. Un scénario HERMES standard comprend des modules couvrant différents domaines: pilotage, conduite de projet, gestion des risques, approvisionnement, entre autres. Si un domaine n’est pas pertinent pour le projet, le module correspondant disparaît avec l’ensemble de ses tâches et livrables.

Le deuxième levier permet de réduire le contenu d’un module sans le supprimer. Le module de gestion des risques reste actif, mais certaines tâches jugées disproportionnées (analyse quantitative, simulation Monte Carlo) peuvent être masquées. C’est l’ajustement le plus courant en pratique, celui qui permet le calibrage fin entre rigueur et pragmatisme.

Le troisième levier consiste à intégrer des modules métier supplémentaires. Un projet dans un environnement réglementé (santé publique, protection des données, construction) peut nécessiter des activités spécifiques absentes du scénario standard. Ces modules s’insèrent dans la structure de phases existante et respectent la logique de gouvernance HERMES.

Le quatrième levier permet d’étendre le contenu existant en ajoutant des tâches, des livrables ou des rôles au sein des modules en place. Un projet avec des exigences de sécurité élevées peut par exemple ajouter des revues de sécurité systématiques à chaque transition de phase.

Le tailoring comme acte de gouvernance

Ce qui distingue le tailoring HERMES d’une simple personnalisation, c’est son caractère formel et traçable. L’outil en ligne de la Confédération permet de configurer le scénario, de le télécharger et de le partager. Le résultat est un document de référence qui explicite les choix méthodologiques du projet.

Cette traçabilité transforme le tailoring en véritable acte de gouvernance. Le mandant (sponsor) peut valider les choix d’adaptation en connaissance de cause. L’organisation peut comparer les scénarios utilisés par différents projets et identifier des tendances: si tous les projets retirent systématiquement le même module, c’est peut-être le signe que ce module est inadapté au contexte organisationnel.

Le tailoring documenté facilite aussi l’audit interne. Un auditeur peut vérifier que les décisions d’allègement méthodologique étaient justifiées et que les garde-fous essentiels sont restés en place. À l’inverse, un projet dont les difficultés proviennent d’un tailoring excessif laisse une trace qui permet d’en tirer les leçons.

Les limites structurelles du tailoring

Le tailoring ajuste le contenu des modules, pas l’architecture fondamentale d’HERMES. Les phases du projet (Initialisation, Concept, Réalisation, Introduction, Clôture) ne sont pas négociables. Les jalons de décision entre phases restent obligatoires. Les rôles de gouvernance (mandant, chef de projet, représentant des utilisateurs) et leurs responsabilités demeurent définis par la méthode.

Cette distinction entre ce qui est adaptable et ce qui ne l’est pas constitue la réponse d’HERMES à un dilemme classique: comment offrir de la flexibilité sans compromettre l’intégrité méthodologique. Le cadre structurel garantit la gouvernance; le contenu modulaire s’adapte au contexte. Un projet “tailoré” reste un projet HERMES, avec ses points de décision et sa traçabilité intacte.

Ce que les autres méthodes ne proposent pas

PRINCE2 inscrit le tailoring dans ses sept principes (“adapter PRINCE2 à l’environnement du projet”), mais le laisse à l’appréciation du chef de projet sans fournir d’outil comparable. Le PMBOK dans sa septième édition consacre une section entière au tailoring, mais le traite comme une compétence individuelle plutôt que comme un processus outillé. HERMES se singularise en proposant un mécanisme intégré qui enchaîne dimensionnement et configuration, produisant un scénario documenté, auditable et reproductible.

Pour les organisations qui cherchent à standardiser leurs pratiques de gestion de projet tout en autorisant l’adaptation au contexte, le mécanisme de tailoring HERMES offre un modèle dont la rigueur méthodologique mérite d’être examinée, y compris par celles qui n’utilisent pas HERMES comme référentiel principal.